Bilan : 5 mois de plongée dans une campagne électorale grenobloise

By | 22 mars 2014

plongeeSur la genèse de ce site

Le 15 octobre 2013, j’ai décidé que cette fois-ci et contrairement aux autres fois, j’allais m’intéresser à la campagne électorale pour les élections municipales. Mon objectif : trouver les candidats potentiels, lire leur programme, observer la constitution de leur liste et déterminer mon vote sur ces bases. Je me suis donc mis à chercher des informations, et j’ai eu beaucoup de mal à en trouver. Pour avoir un point de vue un peu général, il fallait visiter les sites de toutes les listes connues à ce moment-là. Le 18 octobre, alors que j’avais commencé à amasser des données de toute nature sur l’échéance à venir, je prenais la décision de créer le présent site. Je me disais que si j’avais peiné pour m’informer, d’autres étaient peut-être dans la même situation. Au départ donc, GreMuni était exclusivement destiné à publier les programmes, à les comparer et à partager le résultat de ce travail. Un compte Twitter et un compte Facebook, créés pour l’occasion, me permettaient de m’informer, en temps réel et au delà des médias traditionnels.

Mais les programmes et les listes ont mis un temps infini à être tous publiés. Pour passer le temps, j’ai donc commencé à suivre l’actualité et à en rendre compte. Et puis j’ai publié un sondage. Je voulais avoir une idée de la typologie des visiteurs du site, et je leur demandais de m’indiquer pour qui ils pensaient voter au premier tour de l’élection. Cette expérience n’aura pas duré très longtemps. En quelques semaines, l’initiative a été mise à mal par des fraudes massives dans les votes, des attaques sur le site et des commentaires assassins de personnes me soupçonnant de rouler pour tel ou tel homme politique. Fermeture définitive du sondage et sortie partielle de l’anonymat.

La plupart des partis en lice étant convaincus que je n’étais pas aussi étranger à la vie politique que je l’affirmais, je commençai à me rendre dans les évènements publics organisés par les listes et à m’y présenter ouvertement. Après avoir parcouru Grenoble et rencontré des dizaines de militants, chacun a finalement pris conscience du fait que je ne connaissais absolument personne, et surtout que j’étais celui que je prétendais être, c’est à dire un électeur comme un autre mais qui sait faire un blog et le faire vivre.

Après 5 mois de pérégrinations, de rencontres, d’échanges et de commentaires à l’humour parfois douteux, et au moment où je mets un terme à cette expérience, peut-être est-il temps de faire le bilan de cette plongée dans le microcosme politique grenoblois.

Du microcosme politique grenoblois

Première leçon : la politique grenobloise est un petit milieu dans lequel tout le monde, ou presque, se connaît. Problème : les gens qui le composent (militants, élus, journalistes, représentants d’associations, de SEM…) sont convaincus que leur niveau d’information est le même que celui des électeurs, et surtout que leurs préoccupations sont celles des électeurs. C’est faux, et l’irruption d’un électeur de base dans cet aréopage a été l’occasion de le leur signifier régulièrement. J’ai découvert, par exemple, le terme de « ZAC Flaubert » pendant cette élection. Sujet de nombreuses discussions pendant la campagne, je ne suis toujours pas sûr de savoir de quoi il s’agit exactement. Dans le microcosme, tout le monde le sait.

Des militants

Les militants sont les forces vives de la campagne. Ce sont eux qui collent, qui distribuent les tracts, qui gèrent l’agenda du candidat, qui organisent les réunions publiques, etc. Ils passent un temps considérable à travailler bénévolement dans le seul but de faire avancer leur camp. Leur engagement est admirable, quel que soit le bord, et force le respect. Contrairement aux élus et candidats expérimentés, ils parlent relativement librement des tensions, des stratégies et des positionnements inhérents à la campagne. C’est avec eux que j’ai passé le plus clair de mon temps, j’ai rencontré des gens sympas et motivés, et je leur rends un hommage mérité.

Des candidats

Les 7 candidats principaux (c’est à dire ceux qui ont publié un programme plus ou moins détaillé et qui ont mené une véritable campagne) ont tous leur place dans cette élection. Si des doutes ont pu être émis sur les capacités de Mireille d’Ornano ou Lahcen Benmaza à gérer correctement une ville comme Grenoble, la plupart ne remettent pas en cause les compétences de leurs adversaires. Il est même fréquent qu’ils reconnaissent, en privé, des qualités à telle ou telle autre tête de liste. J’ai essayé de mettre en évidence ce pragmatisme bienveillant au travers d’« interviews Bisounours ». Si certains ont accepté de jouer le jeu, d’autres n’ont entrepris de se livrer qu’avec beaucoup plus de difficultés. Dommage, c’eût été l’occasion de donner une meilleure image de la politique locale.

On reproche souvent aux candidats de ne pas être suffisamment proches des habitants. À ce sujet, j’ai eu une discussion intéressante avec Matthieu Chamussy qui m’expliquait qu’un des problèmes qui se posent à eux est qu’ils ne savent pas où et comment rencontrer « les Grenoblois(es) ». Ils organisent des réunions publiques, mais la plupart des participants font partie du microcosme, et généralement de leur parti. Ils participent à des débats, mais les électeurs ne s’y intéressent pas. Ils déambulent dans la ville, se rendent sur les marchés, visitent des associations, mais cela ne suffit pas. Ils font du porte-à-porte mais ont l’impression de déranger les gens. Alors comment aller à la rencontre des électeurs ? Comment faire plus, et surtout mieux pour échanger avec les habitants ? C’est une question intéressante, à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse.

De la difficulté d’être journaliste politique

Pendant ces 5 mois, j’ai eu l’occasion de croiser la plupart des journalistes qui rendent compte de la politique grenobloise. Leur métier est difficile. Entre la volonté, bien réelle, qu’ils ont de montrer tous les aspects de la campagne et les contraintes qui sont les leurs (rédaction qui demande des comptes, ligne éditoriale, nécessité de ne pas se fâcher avec les acteurs de la campagne sous peine de ne plus être informé, contraintes de temps…) il n’est pas toujours facile de naviguer.

De la difficulté d’être blogueur

J’avais, de mon côté, du mal à me positionner quand je participais aux évènements réservés à la presse et auxquels j’étais parfois invité. S’assoir à la table des journalistes ? J’avais l’impression de ne pas y être à ma place. Me mettre au milieu des co-listiers ? Pas mieux. La plupart du temps j’étais seul, debout, bizarrement installé entre deux mondes. Il est arrivé que la question me soit directement posée (par des responsables de la communication de certaines listes) : qui es-tu ? Comment te positionnes-tu ? Comment te considérer ? Comme un journaliste ? Un simple électeur qui passe par là ?

Cette question est très importante et je me la suis souvent posée. Devais-je, comme un journaliste, me plier aux règles de déontologie et de neutralité ? Devais-je, sur mon blog, donner des temps de paroles identiques à chacun des candidats ou pouvais-je me comporter comme bon me semblait, comme un électeur indépendant et libre de ses choix ? Je ne suis pas le premier blogueur citoyen, et j’imagine que d’autres se sont posés cette question bien avant moi. Je n’ai pas trouvé de réponse, et je crois qu’il n’y en a pas. Il existe un phénomène, rare et nouveau, de blogueurs citoyens et parfois influents, et il faudra bien, un jour ou l’autre, leur faire de la place parce que ce type d’initiative risque de se multiplier.

De ce site, et de son audience

GreMuni aura connu trois périodes : pendant la première, d’octobre 2013 à mi-janvier 2014, les statistiques du site oscillaient de 100-150 visiteurs uniques par jour (quand je ne publiais rien) à 200-250 visiteurs (quand je découvrais un lien caché pointant vers un site pornographique depuis le site de l’UMP Isère). Dans une seconde période (mi-janvier 2014 à mi-mars 2014), les audiences étaient de 200-250 visiteurs uniques par jour (sans activité particulière sur le blog) à 350-400 visiteurs (quand je publiais un article). À partir de mi-mars 2014, les 400 visiteurs journaliers ont été dépassés chaque jour, pour atteindre 600 visiteurs uniques dans les derniers jours de la campagne du premier tour.

La typologie des visiteurs a également beaucoup évolué. Les deux premiers mois 80% des visites (environ) provenaient des réseaux sociaux (Twitter, Facebook). En janvier, la tendance s’était inversée et depuis le mois de février plus de 90% des visites sont générées par les moteurs de recherche. Précisons qu’à la date du 21 mars 2014, gremuni.fr est classé premier sur Google quand on tape « élections Grenoble », ceci expliquant probablement cela.

De cette initiative, et de ce qu’elle m’a apporté

Vu de l’extérieur, on mesure mal ce qu’une campagne électoral peut avoir d’humain, dans son organisation comme dans son déroulement. J’ai rencontré des gens compétents, ouverts, plutôt contents qu’une initiative comme GreMuni voit le jour, et qui regrettent que d’autres électeurs indécis ne s’investissent pas plus dans le suivi de la campagne. J’invite, pour le futur, les électeurs non-militants qui liront cet article à participer aux évènements publiques organisés par les différentes listes, et pas seulement à ceux qui sont organisés par les partis dont ils se sentent proches. C’est un très bon moyen de se faire une opinion équilibrée, et de voir un tant soit peu l’autre côté du miroir.

En octobre 2013, je ne connaissais quasiment personne dans le milieu politique : j’avais déjà vu Michel Destot, Alain Carignon, quelques élus que j’avais croisé dans le quartier (Alain Pilaud, Olivier Bertrand), mais c’est à peu près tout. Après 5 mois, j’ai fait un nombre de rencontre et j’ai eu un nombre d’échanges (passionnants pour la plupart) impressionnant. J’en sors avec une bien meilleure connaissance de la politique, et j’ai appris beaucoup de choses. J’ai vu les coulisses, j’ai vu des militants et des candidats se lâcher un peu, bref : j’ai pris conscience du côté humain de la chose et je me suis intellectuellement enrichi.

Si cela ne donne pas envie de militer (trop de temps, trop d’énergie, trop peu de résultats tangibles), au moins cela ne dégoute-t-il pas de voter. C’est déjà pas mal, et je n’aurais pas parié sur ce constat optimiste quand je me suis lancé dans l’aventure.

De ce site et pourquoi il n’aurait jamais dû voir le jour

Ce site n’aurait jamais dû naitre.

D’abord parce que le temps passé à le maintenir, à échanger, à me rendre à des évènements et à parler de politique, c’est du temps que je n’ai pas passé avec ma compagne ou avec mes enfants. Un investissement tel que le mien est un peu absurde, il faut bien le dire. Je n’ai pas d’intérêt dans la campagne, ni dans le résultat de l’élection, je n’attends pas de retour particulier de cette expérience et à vrai dire je suis loin d’être passionné par la politique. Comment, dans ce cas, comprendre que j’y aie passé autant de temps ? Que ma compagne, mes enfants et les siens soient remerciés pour leur extraordinaire patience et leur compréhension.

Ensuite parce que si j’avais trouvé un site comme GreMuni, je n’aurais pas eu besoin de le faire. Mais qui aurait pu le faire ? Un journal local, des étudiants en journalisme, toute structure dont l’information est le métier et qui, en offrant aux électeurs la possibilité de faire un choix éclairé, aurait contribué à la vigueur de la vie démocratique grenobloise. J’espère que ce site donnera des idées à d’autres, et que de nombreux GreMuni verront le jour à l’avenir, sous une forme ou une autre.

De la fermeture définitive de ce site

Il est temps de mettre un terme à cette aventure. Merci à tous ceux qui m’ont aidé à faire de cette expérience un moment de plaisir, d’étonnement et d’humour ! Vous êtes trop nombreux, je ne peux pas tous vous citer mais vous vous reconnaîtrez, je n’en doute pas. Et puis Grenoble est finalement une petite ville et j’aurais probablement l’occasion de recroiser la plupart d’entre vous !

Maintenant, il est temps de retourner à la vraie vie !

One thought on “Bilan : 5 mois de plongée dans une campagne électorale grenobloise

  1. FODIL Adrien

    Cher Mr Grémuni
    J’ai régulièrement lu tous vos articles et ce depuis l’ouverture de votre site.
    A la fermeture de votre site je ne pouvais rater l’occasion de vous féliciter pour votre « interférence » dans le microcosme politique grenoblois, interférence qui a éclairé beaucoup de pans sombres de cette campagne municipale.
    J’avoues avoir été impressionné par la qualité de vos très judicieux commentaires, l’honnêteté de vos propos et votre adresse « d’analyste politique » même si vous dites ne pas être un spécialiste en la matière.
    Qui sait, vous serez peut-être de nouveau attirer par une telle expérience pour les élections européennes ou cantonales qui présentent un autre intérêt: celui de n’avoir qu’un « couple » à diagnostiquer et non plus une longue liste de colistiers ?
    Alors à bientôt peut-être,
    Sincères salutations
    Adrien M. FODIL

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