Élections municipales à Grenoble : une communication politique d’amateurs

By | 30 mars 2014

La politique, c’est d’abord des femmes et des hommes qui ont des valeurs.
Pour faire connaître et défendre ces valeurs, ces hommes et ces femmes doivent communiquer.
Aller à la rencontre de leurs concitoyens.
Les écouter.
Leur parler.
Les convaincre.
Créer un « lien ».
Un lien émotionnel, bien souvent…

Je ne suis pas militant.
Et je respecte tous ceux qui ont choisi de s’impliquer dans le débat public, de se mettre au service de ceux qu’ils représentent.
En revanche, je suis communicant.
Mon métier, c’est d’aider à créer ce « lien ».
D’aider à le mettre en scène, le mettre en mots ou en sensations…

Pendant plusieurs mois, je me suis immergé dans la campagne municipale à Grenoble.

Je me suis concentré sur les quatre listes que je présentais « favorites » :

  • « Aimer Grenoble pour vous » (PS – PCF – Cap21 – MRC – PRG – GE – GO Citoyenneté)

  • « Croire en Grenoble » (UMP – UDI – AEI)

  • « Grenoble Bleu Marine » (Front National)

  • « Grenoble une ville pour tous » (EELV – PG – Les Alternatifs – GA – ADES – Réseau Citoyen ).

J’ai assisté à des réunions publiques
Je me suis baladé sur les marchés pour discuter avec les militants et avec chacune des quatre « têtes de liste ».
Je suivais, incognito, les comptes Twitter et Facebook officiels et militants.
Je posais des questions, disséquais les tracts et les sites web.

J’ai analysé leur communication.
Et j’ai trouvé ça médiocre.
Dépourvu de stratégie.
Aléatoire.
Décevant…

Quelques exemples :

  • Les réunions publiques organisées par « Aimer Grenoble pour vous » étaient très bien organisées, orchestrées, préparées. Un peu plus « brouillonnes » côté « Grenoble une ville pour tous », mais elles compensaient par un accueil plus chaleureux. Pourtant, dans les deux cas et bien qu’ayant laissé mes coordonnées à des gentils organisateurs, je n’ai jamais été rappelé, relancé, fidélisé…

  • Côté « Grenoble Bleu Marine », j’ai cherché en vain un compte Twitter ou Facebook officiel, voire un site web autre que celui du parti national…

  • Lors de mes rencontres avec les quatre têtes des liste, seuls Eric Piolle (« Grenoble une ville pour tous ») et Mireille D’Ornano (« Grenoble Bleu Marine ») m’ont écouté avec attention avant de me répondre. Jérôme Safar (« Aimer Grenoble pour vous ») m’a un peu « snobbé », en regardant par-dessus mon épaule et en répondant à côté de ma question ; Matthieu Chamussy (« Croire en Grenoble ») a haussé le ton et m’a quasiment pris à parti lorsque j’ai évoqué la composition de sa liste…

  • À l’exception de « Grenoble une ville pour tous », je n’ai pas reçu de mails de militants. Ce n’est pas faute d’avoir fourni mon adresse, pourtant…

  • À l’exception de quelques personnalités d’« Aimer Grenoble pour vous » qui maîtrisent déjà l’exercice, très peu de co-listiers ont pris la parole, de vive voix ou sur internet… Dommage, surtout lorsqu’il s’agit de voter pour une liste !

  • En revanche, les militants étaient très actifs sur les réseaux sociaux. Mais pas forcément de manière très coordonnée. Alors que les co-listiers de  « Grenoble une ville pour tous » parlaient (presque) d’une seule voix, les tweets militants nous rappelaient en permanence que cette liste rassemblait des intentions (très) diverses et souvent contradictoires.

  • Je n’évoquerais même pas les rumeurs, les attaques et contre-attaques nominatives de « l’entre-deux tour »… Ce n’était pas de la communication : c’était de la politique de caniveau, indigne d’une campagne au service des citoyens…

  • Comble d’une communication mal maîtrisée, voir totalement manquée : j’ai dû demander à des militants « Aimer Grenoble pour vous » et « Croire en Grenoble » de me donner leurs tracts.
    Non, ce n’est pas une blague : après être passé trois fois devant eux lors de ma ballade hebdomadaire sur le marché de l’estacade (et je n’avance pas vite, je trimbale une poussette !), après les avoir bien regardé dans le blanc des yeux avec mon sourire le plus avenant, j’ai dû demander à des militants de ces deux listes de bien vouloir me donner leurs tracts ! On aurait voulu me dissuader de voter pour eux que l’on ne s’y serait pas pris autrement…

La politique est une affaire sérieuse.
Le lien humain que l’on créée avec les électeurs, pendant la campagne et pendant le mandat, est quelque chose de précieux.
Il est temps que nos élus et leurs équipes s’en rendent compte.
Et passent d’une agitation d’amateurs à une vraie communication politique de professionnels.

***

Nota Bene : l’auteur de l’article ci-dessus est Filipe Ferreira. Il est celui qui m’a permis d’alimenter la rubrique « news » de ce site pendant 5 mois. Communicant, il a souhaité rendre compte de sa vision de la communication politique pendant cette campagne et m’a demandé de publier son travail. Conscient que personne d’autre ne prendrait le risque de le faire, j’ai évidemment accepté. Le ton est direct, incisif, mais il y a des leçons à retenir dans le point de vue de Filipe.

4 thoughts on “Élections municipales à Grenoble : une communication politique d’amateurs

  1. LeGreBon

    Votre vision de l’analyse de la communication politique locale repose essentiellement sur une description des faits.

    Nous pensons que vous devriez descendre de votre escabeau et vous détendre un peu en lisant http://www.legrebon.com

    Reply
  2. M@rco

    Petit compte rendu également de ces quelques mois de campagne qui rejoignent plus où moins l’avis de Filipe.
    Tout d’abord il est vrai qu’il a fallu que j’aille à la pêche aux infos.
    Je suis allé à deux réunions/débats, de « Grenoble une ville pour tous » et « Aimer Grenoble pour vous » (où cinq co-listiers ont pris la parole) et le 1er débat de Place Grenet.
    Durant ces débats (mais aussi lors de l’apéro de Gremuni), j’ai trouvé qu’Eric Piolle avait un langage familier qui ne collait pas du tout avec le côté « propre sur lui ». Si c’est pour faire « popu », je trouve que c’est plutôt raté.
    J’ai trouvé que Jérôme Safar maîtrisait bien les sujets et inspirait confiance (c’est mon impression pas forcément une vérité). De même pour Denis Bonzy qui s’exprime parfaitement bien. Pour Matthieu Chamussy je trouvais qu’il oscillait entre l’agressivité et la mesure. Pour Mireille d’Ornano, par politesse je ne vais rien dire… 😉
    J’ai reçu dans ma boîte aux lettres des tracts de « Grenoble une ville pour tous » sous pli postal (utilisation des listes électorales), de « Croire en Grenoble », d »Imagine Grenoble » (Philippe de Longevialle) et du FN. Il me semble que je n’ai rien reçu de la part de la liste « Aimer Grenoble pour vous » ni de celle de Denis Bonzy.
    J’ai régulièrement consulté (dans l’ordre de fréquence) les sites de « Grenoble une ville pour tous », « Aimer Grenoble pour vous » puis les sites de Denis Bonzy, Matthieu Chamussy.
    J’ai laissé plusieurs commentaires sur le site de « Grenoble une ville pour tous » et l’on m’a toujours répondu parfois de manière convaincante (Olivier Bertrand) parfois complètement à côté de la plaque (non signé). J’ai envoyé un message à « Aimer Grenoble pour vous » afin de signaler des erreurs sur leur site (pas de réponse mais ils ont corrigé).
    Je me suis abonné à la newsletter d' »Aimer Grenoble pour vous » et à celle de « Grenoble une ville pour tous » mais pour cette dernière, je n’ai rien reçu (je pense que ça n’a pas dû fonctionner).
    Je me suis abonné aux comptes Twitter d' »Aimer Grenoble pour vous », « Grenoble une ville pour tous » et de « Philippe de Longevialle » mais je suivais grâce à Gremuni toute la twittosphère autour de cette élection municipale et c’est là que j’ai découvert un ton particulièrement agressif de certains militants à l’encontre de la municipalité en place. J’y ai trouvé des personnes qui se disent « citoyennes » mais finalement assez peu ouvertes: ce ton agressif m’a particulièrement déplu.
    Surpris également de voir fleurir des personnes qui se disent « indépendantes » et sous un discours dit « humoristique » sont bien moins neutres qu’elles le prétendent. Les ficelles étaient tellement grosses que je ne suis pas dupe mais c’est prendre quand même les électeurs pour des c….
    Pour le collage des affiches, net avantage à la liste « Grenoble une liste pour tous » même s’il est vrai que toutes les affiches n’étaient pas collées sur des emplacements autorisés, mais ça s’améliore quand même.
    J’au vu une camionnette blanche où il y avait des affiches de Lahcen Benmaza collées dessus qui est restée garée au même endroit durant 2 semaines…
    Concernant les militants qui tractaient, je fréquente également le marché de l’Estacade et l’on m’a bien donné spontanément les tracts d' »Aimer Grenoble », « Croire en Grenoble ». Par contre, à deux occasions, je suis resté plus de 5mn à moins de 5m à côté de militants de « Grenoble une ville pour tous » et l’on m’a complètement ignoré (ce n’était pas toujours le cas). Bien que lorsque ces derniers (Christine Garnier, Yann Mongaburu, Pierre Meriaux) me proposaient des tracts avec un grand sourire, ce n’était pas toujours aussi cordial entre des militants de « Grenoble une ville pour tous » (que je ne connaissais pas) et ceux d' »Aimer Grenoble » ; je sentais une grande animosité de leur part. L’entente était plus « sympathique » entre les militants de Jérôme Safar et ceux de Matthieu Chamussy, c’est dire…
    J’ai croisé l’équipe de Philippe de Longevialle mais ils ne m’ont rien donné.
    Je n’ai croisé aucun autre militant des autres liste (à part des « colleurs » de Denis Bonzy un soir).
    J’ai l’impression qu’il y a eu plus de tracts (différents) d' »Aimer Grenoble pour vous » et qu’ils étaient plus adaptés (quartier, calendrier…) que les autres. Par contre, net avantage pour les « happenings » de « Grenoble une ville pour tous ».
    J’ai aussi croisé Alain Carignon à la gare de Grenoble vendredi soir mais il ne faisait pas campagne, il revenait pour voter… 😉

    Si j’avais survolé les programmes et m’étais fié uniquement à la com’ des listes, je n’aurais pas fait le même choix au 1er tour.

    En tout cas merci à Gremuni… :-)

    Reply
  3. Filipe

    @marco : précisément ! J’ai condensé mes observations à quelques faits saillants, mais j’ai également constaté une grosse partie de ce que vous évoquez…

    @LeGreBon : désolé, j’ai essayé d’être objectif et impartial. Promis, dès que je me lance dans la politique-fiction, je m’abonne au Grebon ! (qui par ailleurs m’offre de belles tranches de rigolade !)

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