Grenoble : sale campagne

2 février 2014

journee-des-tuilesPolémiques et tentatives de compromission : le temps se gâte à Grenoble. À deux mois du deuxième tour des élections municipales de mars 2014, et au moment où la plupart des candidats ont communiqué leur liste et leur programme, coups bas et règlements de compte pleuvent sur Twitter. Tout le monde n’étant pas sur ce réseau social, voici un petit compte-rendu des batailles en ligne et de leurs conséquences.

Stade Wars, épisode 1

avrillier-stadeLa première véritable tentative de déstabilisation s’est produite quand « Grenoble une ville pour tous » (EELV/PG/ADES/RC…) a annoncé que la présentation de sa liste aurait lieu au Stade des Alpes. Les Verts ayant été partie prenante de la mobilisation contre la construction du stade il y a quelques années, la liste « Aimer Grenoble » (PS/PC/Cap21/MRC…) s’est empressée de faire remarquer, photo à l’appui, qu’Éric Piolle, tête de liste et membre d’EELV, se rendait parfois au stade pour assister à des matchs. Objectif probable : montrer qu’entre les paroles et les actes…

Il faut dire qu’auparavant, « Grenoble une ville pour tous » ne s’était pas privé de chambrer la « concurrence », avec cette photo postée par le porte-parole de la liste où Raymond Avrillier, opposant historique à la création du stade et membre de la liste (en 59e position, non éligible), trône dans l’édifice, le sourire au lèvres.

stade-piolleRéaction immédiate d’un militant d’«Aimer Grenoble » : il poste cette photo d’Éric Piolle et Pierre Mériaux, tous deux conseillers régionaux EELV, assistant visiblement à un match de rugby dans le même stade.

Mais cette tentative de mise en cause ne fonctionnera pas véritablement, et ce premier « échange de bon procédés » ne déclenchera pas de réaction particulière parmi les internautes, ni de la part de la liste « Grenoble une ville pour tous », visée par ces propos.

La prochaine bataille n’en sera que plus acharnée, et elle portera sur l’affichage. « Un grand classique des élections municipales », m’a affirmé un militant.

Les affiches de Grenoble

piolle-affiche0Cette fois-ci, c’est le centre qui tire le premier. Un militant de la liste « Imagine Grenoble » de Philippe de Longevialle (Modem), poste cette photo d’une cabine téléphonique sur laquelle deux affiches de « Grenoble une ville pour tous » (EELV/PG/ADES/RC…) ont été collées. Son commentaire : « bon exemple du respect du mobilier urbain ! ». Un militant de la liste rétorque que deux bouts de rubans adhésifs ne constituent pas une dégradation terrible. Mais cette photo ne sera pas la seule à sortir des cartons.

« Aimer Grenoble » (PS/PC…) dégaine à son tour et fait dans le massif. Place Hoche, plusieurs affiches ont été posées sur des piliers de bâtiments. Cette fois-ci, difficile de parler de scotch, elles ont bien été collées. Une liste dans laquelle des élus écologistes sont présents participerait donc à la dégradation de la ville ? Honteux !piolle-affiche3

Une fois encore « Grenoble une ville pour tous », ciblé par cette attaque, ne réagit pas publiquement. En revanche, on imagine aisément que des consignes sont données en interne pour que de telles erreurs ne se reproduisent pas. Autant ne pas prêter le flanc à des attaques de ce type.

Tentative de contre-feu d’origine inconnue

Le 30 janvier 2014, un nouveau compte Twitter apparaît. Son nom, évocateur : Bayard. La photo qui l’accompagne présente le personnage historique, bien connu des Grenoblois, sur son cheval. Tout est dit.

bayardUn seul message sera posté, à mon attention. Il est assorti d’une photo d’une affiche de la liste « Aimer Grenoble » (mal) collée sur un panneau « Dépose-minute ». Mais le coup est bien mal préparé. Là où les autres tentatives de mise en cause étaient assumées, sourcées, celle-ci est le fait d’un anonyme apparu pour l’occasion.

En sus, la mauvaise qualité du collage peut laisser supposer que cette affiche a en fait été décollée d’un emplacement autorisé pour être apposée à cet endroit. Objectif évident : essayer de montrer que les accusateurs ne font pas mieux que les accusés. Cette tentative est trop grossière, elle sera sans effet. En revanche, elle en dit long sur l’ambiance qui commence à régner dans la campagne : tous les coups sont permis, et le moindre faux-pas ne sera pas pardonné.

La prochaine attaque sera la plus violente et aura un véritable impact. Celle-ci a visiblement été préparée en amont, et elle place l’ensemble des listes dans une situation à laquelle elles ne peuvent pas se soustraire.

Comment obliger un candidat à se séparer de son Bonnet

Samedi 1er février, Matthieu Chamussy présente sa liste « Croire en Grenoble » (UMP/UDI). Depuis l’annonce de l’investiture de la tête de liste, on sait qu’Alain Carignon sera présent en 9e position, et que les attaques de l’adversaire vont se concentrer sur lui. Mais on ne s’attend pas vraiment à ce qui va se produire.

Première étape : la mise en cause

bonnet-taubiraSur la liste figure un certain « Alain Bonnet », placé en 19e position. La constitution de la liste à peine connue, les militants d’« Aimer Grenoble pour vous » (PS/PC…) ressortent un message d’octobre 2013 dans lequel celui-ci reprend le fameux montage ou Christiane Taubira est comparée à un singe et qui a tant fait parler à l’automne. Il a déjà valu à une adhérente d’être exclue de l’UMP.

Les militants crient, à juste titre, au scandale et prennent les internautes à témoin : comment peut-on accepter sans rien dire qu’un personnage qui a tenu de tels propos soit présent, en position éligible, sur une liste de l’UMP ? Les tweets et retweets se succèdent, et l’affaire commence à buzzer.

taubira-chamussyLe mis en cause nie, et explique que son compte Twitter a été piraté. Matthieu Chamussy, tête de liste, se fait l’écho de ses déclarations.

On s’étonne alors que le tweet « pirate » soit toujours en ligne depuis deux mois. Denis Bonzy, candidat divers droite de la société civile, fait justement remarquer que, sur son blog, le même Alain Bonnet tient des propos violents sur Christian Taubira, la qualifiant de « Honte de la France ».

Deuxième étape : l’interpellation des autres listes

Dans un deuxième temps, « Aimer Grenoble pour vous » (PS/PC…) prend à témoin les autres listes et leur demande de condamner publiquement l’attitude de Bonnet. Comment faire autrement ? Dans une affaire aussi grave, le silence d’une liste pourrait passer pour de l’approbation tacite. Chacun s’exécute donc, et fait monter la pression sur « Croire en Grenoble » pour qu’Alain Bonnet soit exclu.

Fin de la bataille, et victoire d’« Aimer Grenoble pour vous »

bonnet-desistementFinalement, l’intéressé jette l’éponge et décide de quitter la liste conduite par Matthieu Chamussy.

Dans un article du Dauphiné Libéré, la droite dénonce une manipulation et fait part de son « écœurement » : « Il n’y a pas plus grande bassesse que de vouloir salir un homme à des fins politiciennes », peut-on lire sur le site du journal.

Et les électeurs, dans tout ça ?

En réalité, seuls les électeurs qui fréquentent les réseaux sociaux ET qui suivent la campagne électorale sont au courant de ces histoires. Cela ne représente pas grand monde. Mais tous les journalistes locaux sont présents sur Twitter, et c’est sur leur influence que comptent les belligérants. La une du Dauphiné Libéré comme témoin d’une bataille gagnée, voilà l’objectif.

Si ce qui est illégal doit évidemment être sanctionné, l’utilisation à des fins politiciennes des faiblesses ou erreurs (aussi honteuses soient-elles) des uns et des autres n’est pas valorisante. Vu de loin, vous nous donnez parfois l’impression de nager dans un bocal à requins. Est-ce vraiment l’image de l’engagement politique que nous devrions avoir ?

Un électeur indécis (et raisonnable) prendra soin de ne pas imputer à une équipe de 59 personnes les errements passés de tel ou tel membre de la liste. Prenons comme exemple la présence d’Alain Carignon sur la liste de Matthieu Chamussy. Légalement, il a tout à fait le droit d’y figurer. Moralement, c’est à l’électeur de juger du bien fondé de cette présence. S’il décide de sanctionner l’équipe de « Croire en Grenoble » parce qu’elle accepte Alain Carignon dans ses rangs, il n’aura besoin de personne pour le faire : l’électeur a une mémoire, un jugement qui lui est propre, et il est tout à fait capable d’agir de façon autonome, sur la base de valeurs qui sont les siennes. Et surtout il a une arme : son bulletin de vote.

Parlez-nous de vos projets par pitié. Montrez-nous qui vous êtes, et ce que vous voulez faire pour notre ville.

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4 thoughts on “Grenoble : sale campagne

  1. Gascard Kristina

    J’abonde pleinement dans ton sens, sauf sur un point: la liste croire en grenoble, est la seule a ce jour a avoir concretiser un projet et cela mérite d’être signalé !!!!

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  2. DEBUISSON Virginie

    Merci pour cette analyse. Et oui, on est 59. Avec un programme (bientôt en ligne sur le site). Depuis que j’habite Grenoble (1995) on me dit que la droite est la pire du monde tralali et tralalala. Certes on ne peut pas nier le passé, les divisions, les guerres claniques etc… Mais on est une équipe qui a pris conscience, qui a envie de donner autre chose aux grenoblois. On veut être jugés sur nos idées et nos projets, pas payer pour un passé toute notre vie, un passé sur lequel revenir ne résoud rien en soi, si tu regardes bien. Personnellement, vu la date de mon arrivée je n’ai jamais connu autre chose que la municipalité actuelle, j’ai envie de renouveau! On a tous bossé, chacun à notre mesure, en oubliant les querelles, les tensions. On s’est secoués, on s’est rassemblés, et on est autour de Mathieu, tous. Oui, on est 59. #MerciDeLeNoter :) Non aux bruits parasites et place aux projets qui convaincront les indécis.

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    1. Philippe Vic

      Comme si l’histoire devait être rayée des cartes et des mémoires…
      Et bien non ! Si vous êtes arrivée en 1995 Virginie, la vie municipale n’a pas commencé à ce moment. Et il se trouve que plusieurs candidats – au moins deux les n°3 et 9 – de la liste UMP-UDI étaient là avant. Il s’en trouve même un qui a été maire de 1983 à 1995, et qui a fini en prison 29 mois pour corruption… c’est quand même pas banal ! Et qu’il soit de nouveau prétendant à participer à la gestion de la Grenoble ne devrait pas enchanter les grenoblois… même s’il a été rétrogradé en 9e place, l’UMP national a quand même tenté de l’imposer au début en 3e de liste, mais où va-t-on ?!!!
      Petit rappel quand même : affaire Dauphiné new : pour financer sa campagne de réélection en 1989 il fait créer 2 journaux gratuits éphémères tout à la gloire de la municipalité sortante et présentant au fil des n° les futurs candidats de la liste Carignon. Une fois réélu, les journaux s’arrêtent laissant 10 millions de dettes couverts par la Lyonnaise des eaux à qui la nouvelle équipe vient d’ »offrir » l’eau de Grenoble par une privatisation : la droite faisait ainsi payer sa campagne par les grenoblois au travers de leur consommation d’eau… pas très joli !
      Il a également été condamné par le tribunal correctionnel de Grenoble pour sa gestion d’une SEM départementale à dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis et 80 000 francs d’amende pour « abus de biens sociaux et usage de faux » soit pour enrichissement personnel !
      On se demande ce qui pousse les instances nationales de L’UMP à mettre en avant ce monsieur qui vit au Maroc dans la vie politique grenobloise : reprenant la tête de la fédération iséroise de l’UMP en 2003 après une élection contestée, confirmé par l’UMP national après un vote local contesté comme candidat aux législatives de 2007 contre le député sortant Richard Cazenave, le n°3 de la liste Chamussi, ambiance j’imagine… Carignon perd ainsi un siège réputé imprenable par la gauche ! Et enfin tentative pour l’imposer en 3e de la liste à laquelle vous participez…
      Et bien ça ne donne pas du tout envie de le revoir…
      Pour finir, Alain Carignon a quand même fait une demande de remise gracieuse pour éviter de rembourser au conseil général de l’Isère la somme à laquelle la Cour régionale des comptes l’avait condamner (soit 253 126,36 euros + 51 000 euros d’intérêts + 25 000 euros d’amende). Demande quand même rejetée, en février 2011, par le ministère du Budget.
      Ce n’est donc pas pour vous faire « payer pour le passé », mais juste pour éviter de revoir ce monsieur corrompu revenir aux affaires… que les grenoblois censés devraient éviter de voter pour vous !

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  3. Debuisson Virginie

    Cher Monsieur Vic, (si tel est votre vrai nom)

    Je sais tout ce que la justice a listé concernant le « système Carignon » et tout comme beaucoup de Grenoblois, oui, je trouve que tout cela est inadmissible pour un politique auquel la population a confié le pouvoir par les urnes. Je pense que justice serait que vous parliez également de tous les élus condamnés qui siègent encore. Mais j’epargne cette mélasse aux lecteurs de Gremuni.
    Une seule question: croyez vous qu’un homme condamné, ayant fait de la prison, ayant payé sa dette financière, puisse risquer a un seul instant de commettre les mêmes faits ? Avouez qu’avec la suspicion permanente dont il fait l’objet, ce serait tout simplement être fou. Pire encore, nous sommes 58 sur cette liste. Nous n’avons qu’une envie : offrir nos idées et nos convictions aux citoyens.
    Vous omettez également un point: personnellement et comme 16 autres Co-listier je ne suis adhérente ni militante d’aucun parti. Je suis une personne de la société civile, je suis libre. Mais je suis un chef d’entreprise, et avant de me décider a m’engager aux côtés de Matthieu, j’ai réfléchi, j’ai estimé les chances. J’ai regardé les forces en presence. J’ai mis des mois. J’ai rencontré tous les gens de droite, même les plus radicaux ou conservateurs. J’ai estimé les projets. Mais aussi les hommes. Matthieu j’ai tout entendu a son sujet. Mais j’ai regardé son combat. Plus d’une personne, entre les attaques qu’il a subies par tous, la fange dans laquelle les instances dirigeantes de l’UMP se sont roulées, les attaques malveillantes et publiques de son propre camp, l’obligation de maintien d’Alain Carignon par la CNI aurait baissé les bras, ou aurait monté une liste dissidente. Mais il a tenu bon, il a affronté cette situation, sans jamais lâcher. Il a réussi la ou tous les anciens de son parti ont échoué : mettre sur une même liste des UMP fillonistes et sarkozystes, des UDI, des écolos et des gens qui comme moi, en ont assez de ces politiciens de gauche qui sous couvert d’idéologie et d’utopie, ont promis monts et merveilles aux citoyens, mais une fois installés, n’ont pas respecté leurs engagements. Il a, pendant 12 ans, combattu la municipalité mais tout le monde sait bien qu’être conseiller municipal d’opposition laisse une marge de manœuvre insignifiante. Pourtant il a été là, tout le temps. Quand les idées étaient bonnes, il l’a reconnu, quand elles étaient mauvaises, il l’a dit. Aujourd’hui il a pris des engagements en matière de transparence de la vie publique, il n’a jamais attaqué bassement qui que ce soit. Il parle peu. Mais j’ai accès a son agenda et je sais qu’au moment ou je vous écrit il est au contact terrain. Comme chaque jour depuis des mois. Nous vivons dans la ville de Raymond Avrillier. Qu’on le veuille ou pas, cette présence de ce combattant de la corruption dans notre ville est un garde fou. Et personnellement cela me convient. Mathieu a signé des engagements. C’est un symbole qui me convient car vous pouvez fouiller son passé vous ne trouverez rien de malfaisant. Ce qui n’est pas le cas de certains chantres de la société civile auquels vous ne vous attaquez pas. Matthieu a un projet conçu en tenant compte de ce qui n’a pas été dans le sens des grenoblois et de leur épanouissement depuis 20 ans. Il a interrogé les meilleurs experts pour valider la faisabilité et la pertinence a terme de chaque proposition. Il a le courage de ne pas promettre la baisse d’impôts, mais juste sa meilleure gestion et sa non augmentation. Il a eu le courage de faire coopérer des gens qui ne s’aimaient pas mais qui ont des compétences réelles et complémentaires pour la gestion de la ville. Il s’est comporté comme un chef d’entreprise raisonnable et responsable. Et ça, je peux vous dire que les commerçants, les habitants que nous rencontront le sentent. Enfin, sur le point Carignon : voter pour notre liste permettra a cet homme d’honorer la dette qu’il semble avoir envers beaucoup de grenoblois. La dette de la morale et de l’honneur, celle qui sera payée par le biais d’idées et de projets profitables a la ville. N’oublions pas que malgré tout, si nous avons le musée, le tram, le palais de justice, c’est intervenu sous son mandat. Alors prenons ces compétences et laissons Matthieu rendre a cette ville sa beauté, son dynamisme, son rayonnement. Un Maire qui a tenu bon, eu du courage, regardé l’intérêt de l’électorat de droite et du centre sans fléchir, malgré attaques, critiques et obstacles, ne pourra que gérer cette ville avec justice, sens de l’intérêt général et souci du bien être des grenoblois. Sous le sceau des accords anti corruption qu’il a signé et l’engagement de nous autres citoyens. Je vous remercie d’avoir pu m’exprimer. Ce sera la dernière fois. Quiconque me parlera de Carignon sera renvoyé a ce commentaire. Je préfère aller soutenir Matthieu et mes colistiers sur le terrain, pour que cette ville que j’ai eu du mal a aimer, soit ce qu’elle mérite d’être.

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